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14/09/2010

jacques thomassaint

Une parenthèse (Extrait)

thomassaint.jpg Personne ne paraît se souvenir des débuts.

Où, comment, quand, pourquoi cela avait commencé. Qui avait tiré sur la poignée de l’alarme, arrêtant le train, immobilisant la rame ? Quel mot d’ordre, ou de désordre, avait été lancé, comme ça, surgissant d’on ne sait quelle profondeur du ras-le-bol populaire ? Quelle idée avait navigué de l’un à l’autre, flottant dans les circonvolutions de nos cerveaux pourtant assaillis par d’inutiles quêtes et les sanies de la propagande officielle ? Quelle onde invisible avait submergé un présent-passé effrayant dont personne ne croyait pouvoir un jour s’échapper ?

L’événement (comment nommer cela autrement ?), toutefois, ne jaillit pas tel un geyser d’eaux brûlantes montant vers le ciel.

Mais plutôt tel une source fraîche avant le ru, un mince filet cristallin sortant, minuscule cascade, de la roche moussue, nourrissant sous sa chute quelques pousses de cresson, quelques vairons frétillants, faisant tourner la roue à aubes fabriquée par un gamin bricoleur, sinuant dans des prairies oubliées, entre les rives couvertes d’iris sauvages et de roseaux, lapée au passage par des bovins aux robes pies, puis grossissant inexorablement jusqu’à emplir les vallées de l’espoir. Rien d’écrit, rien d’enregistré, rien de diffusé par les ondes, les journaux, les tracts.

ENTRETIEN - août 2010

 L’écrivain un artisan ? oui, sans aucun doute. Peu d’outils (encore que l’artisan puisse en avoir de nombreux), et un travail assez solitaire. De la lenteur, de la précision leurs sont nécessaires. Certains diraient l’amour du travail bien fait. Je compare souvent mon travail avec celui du boulanger : nous pétrissons nos mots comme la pâte, les malaxons, puis nous les laissons reposer, parfois longtemps, et reprenons encore une fois le pétrissage.

Mais non, sans aucun doute encore : l’écrivain ne produit pas un objet utilitaire, ni même une nourriture. Il peut rêver que sa poésie soit utile, voire universelle, mais dans la réalité, il n’en est pas grand-chose. La littérature ne se vend pas aussi bien que des petits pains !

Ce paradoxe est à assumer. Ou alors il faut se résoudre à abandonner sa tâche. Voilà le mot que je cherchais : tâcheron. Dans ce qu’il a de positif. Celui qui sur l’ouvrage…etc. . Ainsi arrive-t-il que certains textes mettent 10 ou 15 ans à (ap)paraître. L’écrivant qui croit que la célébrité immédiate est gage de qualité se fourvoie. Seul l’avenir sait, et nul d’entre nous n’y sera pour vérifier !

Quant au travail manuel, j’ai aimé, particulièrement le travail du bois. Scier, raboter, poncer, assembler, ça ressemble aussi à l’écriture, et c’est une banalité de plus de dire cela. J’ai ainsi, par exemple, construit un catamaran de haute mer en pin d’Oregon et contreplaqué, il y a quelques années, qui m’a emmené dans de belles et parfois difficiles navigations.

J’ai aimé cuisiner, je déteste cela désormais, allez savoir pourquoi. Nous changeons, et celui qui écrit aujourd’hui est très différent de celui d’avant-hier. Je n’en ai pas de regrets.

Par contre, j’ai toujours détesté magasins et supermarchés, et n’y vais que contraint par la nécessité, c’est-à-dire aussi rarement que possible. Merci à internet de m’éviter ces endroits détestables en tous points !

Mes lectures : variées et nombreuses. Le roman, contemporain, avec un penchant pour les textes décalés voire déjantés (« le gang de la clef à mollette » en est un exemple formidable), mais aussi le polar (Mankel, Fajardie, Denaenkinx…), la poésie, plutôt du XXè et actuelle (Aragon, Neruda, Ritsos, Cadou, Lhôte.. il y en aurait trop à citer) et celle de mes amis (Guénane –une des meilleures poètes actuelles à mon avis-, Le Gouic, Kermarrec, Jégou), les livres politiques « sérieux », ce qui exclut ceux écrits par des hommes politiques (Naomie Klein, Chomsky, Marx…), la philosophie (Nietzsche, Benjamin, …) et, en vrac, ceux qui ont participé de ma formation : Bourdieu, Lévi-Strauss, Freud, Bonnafé…)

Dans la vie quotidienne, le roman est la lecture du soir, la poésie celle des instants volés à l’inactivité, les autres selon l’humeur, la durée de la sieste…


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