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14/09/2010

émilie kah

Extrait de la nouvelle "A Dien Bien Phu"

  ...je vois sa silhouette si élégante ses grandes jambes son bassin étroit sa main qui ressemble à la mienne avec une cigarette bien sûr il est soucieux il pense à son travail il se remémore les cartes et les plans de bataille il prend les consignes il fait connaissance avec l’encadrement et avec les hommes dans quelques heures ce sera lui qui commandera le 5/7 RTA bataillon de 877 hommes dont seulement 65 reviendront de l’enfer car il y a eu un enfer à cet endroit 14 heures de combat et plus de 2000 tués du côté viêt sans compter les blessés blessé mon père mon père on n’a qu’un père pourquoi a-t-il fallu qu’il soit envoyé là alors qu’au départ il était prévu pour les Hauts Plateaux on avait besoin d’un spécialiste de tout premier plan pourquoi fallait-il qu’il soit un spécialiste de tout premier plan et d’abord pourquoi s’était-il porté volontaire c’était son métier je sais Maman il estimait que c’était son tour certains de ses camarades avaient fait déjà deux séjours en Indochine et lui était à Paris à l’Ecole de Guerre et chaque jour il rentrait déjeuner à la maison je le sais Maman je guettais ses pas...

 

ENTRETIEN - août 2010

 
l'artiste est parfois comparé à l'artisan... aimez-vous les travaux manuels?
Oui, j'ai même un certain talent pour les travaux d'aiguilles. J'aime créer.

et aussi les contraintes pratiques: faire les courses par exemple, à quel endroit et pourquoi? Pas du tout. Je consacre le moins de temps possible aux courses. Je choisis un petit supermarché, avec peu de rayons, juste le nécessaire. Sinon je vais chercher mes fruits et légumes de saison chez un producteur local. Quant à mes autres achats ( vêtements, livres, matériels divers), je ne les programme pas, j'achète à l'occasion, au coup de coeur, lors d'une promenade.

qui aimez-vous lire?

Beaucoup de monde. J'aime les livres où l'on entend très fort la voix de l'auteur. La structure a pour moi une grande importance, l'histoire un peu moins. Donc par ordre décroissant un livre vaut pour moi par son style, sa forme, son propos.
Liste non exhaustive et en désordre de mes livres préférés:
Mon nom est rouge Orhan Pamuk
Mrs Dalloway Virginia Woolf
L'art de la joie Goliarda Sapienza
Requiem des innocents Louis Calaferte
(...)
Et tout Marguerite Duras qui m'accompagne durant le roman que je suis en train d'écrire
 
avez-vous des enfants et si oui, quel est le rapport (instauré, avoué, secret?...)avec papa ou maman qui écrit?...
J'ai trois enfants, deux filles 40 et 35 ans, un fils 30 ans.
De façon général, je dirais que la plupart des membres de ma famille n'aime pas que j'écrive. Ma mère déteste, mes deux filles me lisent du bout des yeux, mon fils ne lit pas, pourquoi lirait-il sa mère ? Seul mon mari est véritablement intéressé et souvent enthousiaste. L'écriture est un acte impudique...

  

jacques thomassaint

Une parenthèse (Extrait)

thomassaint.jpg Personne ne paraît se souvenir des débuts.

Où, comment, quand, pourquoi cela avait commencé. Qui avait tiré sur la poignée de l’alarme, arrêtant le train, immobilisant la rame ? Quel mot d’ordre, ou de désordre, avait été lancé, comme ça, surgissant d’on ne sait quelle profondeur du ras-le-bol populaire ? Quelle idée avait navigué de l’un à l’autre, flottant dans les circonvolutions de nos cerveaux pourtant assaillis par d’inutiles quêtes et les sanies de la propagande officielle ? Quelle onde invisible avait submergé un présent-passé effrayant dont personne ne croyait pouvoir un jour s’échapper ?

L’événement (comment nommer cela autrement ?), toutefois, ne jaillit pas tel un geyser d’eaux brûlantes montant vers le ciel.

Mais plutôt tel une source fraîche avant le ru, un mince filet cristallin sortant, minuscule cascade, de la roche moussue, nourrissant sous sa chute quelques pousses de cresson, quelques vairons frétillants, faisant tourner la roue à aubes fabriquée par un gamin bricoleur, sinuant dans des prairies oubliées, entre les rives couvertes d’iris sauvages et de roseaux, lapée au passage par des bovins aux robes pies, puis grossissant inexorablement jusqu’à emplir les vallées de l’espoir. Rien d’écrit, rien d’enregistré, rien de diffusé par les ondes, les journaux, les tracts.

ENTRETIEN - août 2010

 L’écrivain un artisan ? oui, sans aucun doute. Peu d’outils (encore que l’artisan puisse en avoir de nombreux), et un travail assez solitaire. De la lenteur, de la précision leurs sont nécessaires. Certains diraient l’amour du travail bien fait. Je compare souvent mon travail avec celui du boulanger : nous pétrissons nos mots comme la pâte, les malaxons, puis nous les laissons reposer, parfois longtemps, et reprenons encore une fois le pétrissage.

Mais non, sans aucun doute encore : l’écrivain ne produit pas un objet utilitaire, ni même une nourriture. Il peut rêver que sa poésie soit utile, voire universelle, mais dans la réalité, il n’en est pas grand-chose. La littérature ne se vend pas aussi bien que des petits pains !

Ce paradoxe est à assumer. Ou alors il faut se résoudre à abandonner sa tâche. Voilà le mot que je cherchais : tâcheron. Dans ce qu’il a de positif. Celui qui sur l’ouvrage…etc. . Ainsi arrive-t-il que certains textes mettent 10 ou 15 ans à (ap)paraître. L’écrivant qui croit que la célébrité immédiate est gage de qualité se fourvoie. Seul l’avenir sait, et nul d’entre nous n’y sera pour vérifier !

Quant au travail manuel, j’ai aimé, particulièrement le travail du bois. Scier, raboter, poncer, assembler, ça ressemble aussi à l’écriture, et c’est une banalité de plus de dire cela. J’ai ainsi, par exemple, construit un catamaran de haute mer en pin d’Oregon et contreplaqué, il y a quelques années, qui m’a emmené dans de belles et parfois difficiles navigations.

J’ai aimé cuisiner, je déteste cela désormais, allez savoir pourquoi. Nous changeons, et celui qui écrit aujourd’hui est très différent de celui d’avant-hier. Je n’en ai pas de regrets.

Par contre, j’ai toujours détesté magasins et supermarchés, et n’y vais que contraint par la nécessité, c’est-à-dire aussi rarement que possible. Merci à internet de m’éviter ces endroits détestables en tous points !

Mes lectures : variées et nombreuses. Le roman, contemporain, avec un penchant pour les textes décalés voire déjantés (« le gang de la clef à mollette » en est un exemple formidable), mais aussi le polar (Mankel, Fajardie, Denaenkinx…), la poésie, plutôt du XXè et actuelle (Aragon, Neruda, Ritsos, Cadou, Lhôte.. il y en aurait trop à citer) et celle de mes amis (Guénane –une des meilleures poètes actuelles à mon avis-, Le Gouic, Kermarrec, Jégou), les livres politiques « sérieux », ce qui exclut ceux écrits par des hommes politiques (Naomie Klein, Chomsky, Marx…), la philosophie (Nietzsche, Benjamin, …) et, en vrac, ceux qui ont participé de ma formation : Bourdieu, Lévi-Strauss, Freud, Bonnafé…)

Dans la vie quotidienne, le roman est la lecture du soir, la poésie celle des instants volés à l’inactivité, les autres selon l’humeur, la durée de la sieste…


jean-marie palach

Extrait de la nouvelle "Le choix de l'amiral", lauréate du concours 2010 de la Compagnie du Barrage.

La ville bretonne bruissait de la rumeur. Deux bateaux de l’escadre de René Dugay-Trouin allaient mouiller dans le port, avant de rejoindre le reste de la flotte ancrée dans la rade de Brest. En l’an de grâce 1711, le capitaine de la marine royale préparait avec minutie, à la demande du roi Louis le Quatorzième, une expédition punitive contre le Brésil, pour venger l’affront subi l’année précédente par les cinq vaisseaux commandés par Duclerc.

Les voiles des deux trois-mâts claquaient dans le vent alors qu’ils manoeuvraient pour accoster. Sur l’un d’entre eux, plusieurs gabiers s’activaient pour replier la grande hune. Loïc jeta un dernier regard sur les navires puis repartit en courant vers le centre de la ville. Il arriva, essoufflé, devant une pauvre taverne, descendit les trois marches d’accès, baissa la tête pour ne pas heurter le linteau et parvint dans la grande salle obscure, déserte au milieu de l’après-midi.

Jean-Marie Palach 019.jpg

ENTRETIEN - août 2010

une des définitions de l'écrivain: c'est l'artisan

alors...
 
aimez-vous les travaux manuels?
 
Pas vraiment. Je ne les déteste pas non plus. Mais je n'ai aucune passion pour la menuiserie, le confection de maquettes ou la broderie. En revanche, j'aime bien m'occuper de mon jardin, planter et tailler les arbres ou ce genre de choses, avec la satisfaction immédiate ou un peu différée de voir le résultat.
 
et aussi les contraintes pratiques: faire les courses par exemple, à quel endroit et pourquoi?
 
J'aime bien faire les courses, mais à petites doses. Au bout d'un certain temps, j'ai envie de fuir et de passer à autre chose. J'habite en banlieue parisienne et je travaille en semaine, alors je privilégie les grandes surfaces pour faire le maximum de courses en le minimum de temps pour sauver le reste du week end. Un plaisir que je préserve, acheter les pains au chocolat le dimanche matin chez le boulanger du quartier.
 
qui aimez-vous lire?
 
Je lis ou relis tout à la fois les auteurs confirmés et ce que m'indiquent ou m'offrent mes proches. Et aussi des romans policiers. Pour les auteurs confirmés, c'est un plaisir mais sans surprise. Je savais que je ne serai pas déçu (dernièrement, j'ai relu ou lu "La Peste" de Camus, "les Mots" de Jean-Paul Sartre et "La Mort est mon métier" de Robert Merle). Pour les autres, ça dépend. Il s'agit souvent de prix littéraires offerts à l'occasion de fêtes. 
 
avez-vous des enfants et si oui, quel est le rapport (instauré, avoué, secret?...)avec papa ou maman qui écrit?...
 
J'ai commencé à écrire des nouvelles au début de l'année et mes enfants sont grands (Une fille de 24 ans et un garçon de 22 ans). En revanche, quand ils étaient petits, je leur racontais des histoires chaque soir, pendant des années, et ils adoraient cela et moi aussi . J'inventais les histoires au fur et à mesure. L'héroïne que j'avais créée s'appelait Tata la Panda. Des personnages la rejoignaient au fil des soirs et à la fin ils formaient une troupe conséquente, dont l'énumération commençait chaque nouveau récit. Je joins une novuelle que 'jai rédigée cette année en me souvenant de cette période. Les enfants ont grandi, ils ont eu chacun leur chambre et nous avons abandonné ce rituel.
 

recueil de nouvelles 2010

rene duguay trouin antoine graincourt.jpg

En couverture le corsaire René Duguay-Trouin représenté par Antoine Graincourt.